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L’autre soir, défilé d’un jeune et talentueux créateur, Jean-Philippe Tourigny.

Le rendez-vous était fixé à 19h dans un restaurant parisien, au coin de la rue de Beaune et de la rue de Lille. Septième arrondissement, inhabituel et très chic. Le Café de Paris, genre cuisine française goûteuse et pénombre crépusculaire, sans doute pour permettre aux émules d’Arielle Dombasle de faire croire qu’elles ont toujours 30 ans.

Connaissant la bouffissure moyenne d’un ego de créateur, on arrive à 19h 20 car « la-ponctualité-ma-pauvre-chérie-c’est-d’un-plouc ». L’attaché de presse et ami (oui, cela arrive, c’est même pour lui que l’on est venu) est sur le trottoir et rassure d’un « non, non, rien n’a commencé ». En fait le créateur n’est pas là, ses créations non plus et les créatures qui vont les porter, attendent dans les toilettes des femmes transformées en cabines. La salle réservée est à l’étage, il y fait 35° sous les spots mais tout le monde est en fourrure ou doudoune. Le champagne Ruinart circule, augmentant la température ambiante après avoir rafraîchi les gosiers, et on redescend dans la rue pour respirer.

L’attaché de presse continue d’accueillir les uns et les autres, fait des bises à tous et parvient à dissimuler son exaspération à mesure que tournent les aiguilles. Finalement, à 19h 45, le génie de la soirée arrive en taxi avec ses cintres drapés de housses blanches et lance un sourire Email Diamant à la foule vaguement lasse « Dans 20mn, on sera prêt ! ». Tu as raison mon grand, plus d’une heure de retard c’est la marque du talent.

Vers 20h, on remonte. On a cru à ses « 20 mn ». On avait tort.

On s’appuie à un mur , la nuque coincée entre deux patères, c’est bon pour les cervicales et on regarde.

Le public est assez atypique. Bien sûr, il y a le contingent habituel de fausses blondes aux racines noires et même une fausse rose aux racines gris-beige. Rose dragée comme une girl du Crazy avec la coupe Dany Saval, femme de Michel Drucker et star des années 60, reprise par Alain Bernardin pour ses danseuses et Victoire de Castellane pour elle-même. Un ersatz de Galliano fait des efforts pour ne montrer de son visage que son bon profil sous le béret en laine irlandaise. Il est accompagné d’un gentil Jeremy à la tête de prof de médecine et aux cheveux teints pour qu’on ne le prenne pas pour le papa du pseudo-John G. Dans ses yeux se lit la confusion d’un monsieur poli dépassé et déplacé. Un type à la moquette grise frisant dans le cou fait penser à un bistrotier de La Napoule. De fraiches jeunes filles pas sophistiquées du tout, c’est-à-dire anormalement souriantes et dodues, sans doute les filles de l’investisseur et les cousines du génie, préparent leurs Smartphones tandis que les photographes n’en finissent pas de régler leurs objectifs pour se donner une contenance. Heureusement, le Ruinart coule à flots.

Finalement, le défilé commence avec une grosse heure et demi de retard. Franchement, pas si mal malgré des bustiers qui baillent sur des cages thoraciques désertes, des zips qui ne ferment pas et baillent aussi, des culottes bien visibles sous les jupes en voile transparent, des caracos trop petits, même pour les épaules de passereau sous alimenté du mannequin, des barboteuses inutiles et un imprimé simplet. Mais il y a de jolis drapés, des tenues du soir plutôt belles, surtout lorsque c’est une sorte de Néfertiti hiératique au crâne rasé qui les porte. Il y a aussi des couleurs, surtout du jaune d’or, et, avec ce froid parisien, cela fait du bien.

A la fin, Jean-Philippe passe la tête pour se faire applaudir. Sa mère, reconnaissable à un très joli spencer vert d’eau à sequins, lui fait un câlin alors que les spectateurs sont déjà dans l’escalier, comme s’ils se souvenaient brutalement qu’ils avaient laissé du lait sur le feu.

Comme disait Desproges : « c’est pas qu’il se fait tard mais je me fais chier ! »

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